oct 2015 12

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C’est un véritable casse-tête pour moi que de comprendre comment des personnes sensées, éduquées et cultivées peuvent à ce point nier l’évidence des ravages causés par leurs actions. Car, me disais-je, il n’y a pas de doute dans mon esprit que Philippe Couillard est un homme aux capacités intellectuelles élevées, qui fait preuve d’une grande érudition dans certaines de ses entrevues.

De fil en aiguille, cette interrogation m’a menée à regarder de plus près le profil du caucus des 69 députés libéraux à l’Assemblée nationale. Je me suis limité, sauf exception, au parcours académique des élus libéraux, à partir de leur biographie officielle sur le site de l’Assemblée nationale.

Premier constat, les ministres Barrette et David et deux autres collègues travaillent certainement très fort. Plus fort que les autres, je veux dire. Car après 17 mois en poste, ni eux, ni leur personnel, n’ont trouvé le temps de soumettre leur biographie aux responsables du site de l’AN. Il faut peut-être louanger une telle ardeur au travail.

Trêve d’anecdotes. Ma présomption était juste. Nous avons affaire à une équipe gouvernementale fortement scolarisée, capable d’analyser et de comprendre des enjeux complexes : 15 titulaires de licence ou de baccalauréat en droit, dont 12 membres du barreau; 15 spécialistes de l’administration publique et des affaires; quelques ingénieurs chimiques et civils; une pharmacienne, plusieurs dirigeants d’entreprises. Au total, 41 titulaires de baccalauréats, 11 détenteurs de maîtrise, 4 docteurs, et même 1 postdocteur ! Pour illustrer cette riche brochette de cerveaux, je retiens quelques-uns des plus prestigieux :

L’honorable (sic) Philippe Couillard, Premier ministre du Québec, CP, M.A.N., PhD, est Docteur en médecine et médecin spécialiste en neurochirurgie, c’est à n’en point douter un homme intelligent aux facultés cognitives sinon supérieures à la moyenne, à tout le moins très élevées.

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L’honorable (sic) Carlos Leitão, ministre des Finances du Québec, M.A.N, s’est forgé une carrière jusqu’à la position d’économiste en chef de la Banque Laurentienne. Il y a d’ailleurs été sacré deuxième meilleur prévisionniste économique au monde en 2008 par une prestigieuse agence financière. Il ne peut y avoir de doute sur ses capacités intellectuelles.

L’honorable (sic) François Blais, ministre de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et ministre responsable du Loisir et du Sport, M.A.N., PhD, est docteur en philosophie. Les raisonnements logiques et la réflexion éthique n’ont sans doute plus de secrets pour lui, ce qui lui confère un regard unique, nuancé et ouvert sur le monde. Il ne peut y avoir de doute sur sa vigueur intellectuelle.

Je pourrais continuer, mais vous comprenez le topo. Alors je reviens à ma question : comment diable des gens avec un tel savoir peuvent-ils ne pas voir les torts causés par leur insistance têtue à appliquer avec vigueur leurs politiques d’austérité budgétaire?

Je crois trouver des éléments de réponse dans ce profil de la députation libérale. Et j’avance les hypothèses suivantes :

1. Une trop grande homogénéité du groupe prive le caucus de perspectives importantes et d’éléments d’analyse à l’interne. À y regarder de plus près, on constate en effet que si les professions libérales et les carrières connexes à la finance et aux affaires sont légion dans l’équipe, les professionnels des services sociaux, les travailleurs communautaires, les travailleurs du service public, les artistes y sont carrément absents.

2. Une discipline qui frise l’omertà. Il doit bien y avoir, occasionnellement, quelques réserves, voire des objections formelles, lors de réunions du caucus. Je n’ose imaginer que parmi les 69 élus, il n’y en ait pas au moins un qui trouve qu’on y va un peu fort. On le sait cependant, le PLQ est un parti discipliné qui ne tolère pas les indiscrétions publiques des membres de son aile parlementaire, ni même de ses instances militantes. La ligne de parti y est scrupuleusement respectée.

3. Un double langage entretenu. Cette brochette de gens d’affaires et de membres des professions libérales a une vision du monde commune et cohérente. Une vision du monde distincte de celle d’autres partis (quoi qu’on pourrait débattre s’il y a des différences fondamentales entre le PLQ, le PQ et la CAQ sur le plan fiscal et économique). Une vision qui valorise le libre marché; qui privilégie les droits individuels avant les droits collectifs; qui croit peu au rôle de l’État, particulièrement lorsqu’il est question du principe de redistribution de la richesse. Dans ses communications politiques pourtant, le PLQ et ses membres, en commençant par son chef, n’expriment qu’une partie de cette vision du monde, quelquefois précisément, mais souvent de façon alambiquée. Pis, il tient, au moment de séduire l’électorat, un discours qui laisse place à l’interprétation. Il tait les mesures qu’il entend prendre et dont il sait qu’elles seront impopulaires. Si bien qu’une fois élu, entre le discours et les actions, on constate des écarts. Des écarts importants.-1

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En résumé donc, nous sommes gouverné par une équipe d’élus qui fonde son action sur l’aveuglement volontaire, le silence complice, et l’hypocrisie. Il s’agit là d’un mix nocif pour notre bien-être collectif. Un mix qui relève de la malveillance. C’est à dire d’une mauvaise disposition de l’esprit à l’égard de personnes, de groupes de personnes et des moyens que se donne la société pour assurer le plein épanouissement de chacun de ses membres. C’est malsain. À la limite, c’est même carrément méchant.
Qu’on m’entende bien, tout gouvernement, quelle que soit sa couleur, prend des décisions qui déplaisent à ceux-ci ou ceux-là. Un gouvernement bienveillant cependant écoute, voire sollicite, le plus grand nombre d’opinions et de perspectives avant de prendre sa décision. Il considère avec sincérité et ouverture l’ensemble de ces opinions et perspectives au moment de prendre sa décision et après l’avoir prise et mise en œuvre.

Tout gouvernement, quelle que soit sa couleur, commet quelquefois des erreurs. Un gouvernement bienveillant le reconnait, et prend les dispositions pour les corriger. Particulièrement quand la décision est si mauvaise que les citoyens descendent dans la rue en très grand nombre pour exprimer leur désarroi, et que ses propres experts et conseillers produisent des études et des avis lui confirmant les conséquences négatives de ses décisions.

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard ne fait rien de tout ça. Il signe et persiste. Il ignore la grogne et les signaux d’alarme avec si peu de délicatesse que ça devient une forme de violence institutionnelle envers le peuple. Des exemples?

Un rapport indépendant, commandé par le ministère de l’Éducation à la demande du ministre confirme que les compressions budgétaires imposées aux commissions scolaires affectent les services directs aux élèves, et particulièrement aux élèves en difficulté.

Réponse du ministre de l’Éducation : il reconnait que les élèves les plus vulnérables sont affectés par les coupures. Il défend sa position, en affirmant sans autre explication qu’il serait maladroit de réinvestir maintenant en éducation-2.

La protectrice du citoyen produit un rapport dans lequel elle rapporte que les compressions budgétaires dues à la politique du déficit zéro du gouvernement Couillard frappent de plein fouet les personnes les plus vulnérables de la société.

Réponse du premier ministre : il reconnait la justesse du constat, lève les épaules, dit ne pas regretter ses décisions de coupures en santé et services sociaux et en éducation, et maintien le cap-3.

« La plus grande menace qui guette les personnes vulnérables, dit le Premier ministre, c’est que le Québec continue de s’enfoncer dans le déficit ». Une affirmation trompeuse et malhonnête, parce qu’elle repose sur le dogme du déficit zéro, qui postule que l’État est à court de ressources et que nous n’avons collectivement plus les moyens de nous offrir des services publics de qualité.

Or rien n’est plus faux. De l’argent, au Québec, il y en a. Il y en a même beaucoup. Le gouvernement place volontairement l’État en situation d’étranglement budgétaire, en refusant d’utiliser sa fiscalité de manière progressive et progressiste pour aller chercher l’argent là où il se concentre de façon de plus en plus marquée depuis des décennies.

Quoi qu’il en dise, le gouvernement de Philippe Couillard n’a que faire du bien commun et de la défense des plus vulnérables. Le sous-texte des déclarations hermétiques ou insipides des membres du cabinet, c’est que la solution ne passera dorénavant plus par des services publics. Le jupon qui dépasse dans les interventions du PM et de ses ministres, c’est leur intention non avouée de privatiser au maximum ces mêmes services publics. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaëtan Barrette, est d’ailleurs le moins habile avec cette mascarade. Le jupon de son enthousiasme pour la privatisation est tel qu’on croirait qu’il en a perdu la jupe ! Celui-ci s’apprête à normaliser les frais accessoires en clinique médicale. Du coup, il confirmera la validité de certains rouages de la privatisation graduelle du système de santé public et universel. Il souhaite aller de l’avant, en dépit du caractère illégal de la chose en regard de la Loi canadienne sur la santé.-4
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Tant de zèle, tant d’ardeur, et tant d’indifférence à l’égard des conséquences, au simple nom du dogme du déficit zéro me sidère. Plus de 3 milliards de dollars de coupures budgétaires en tout juste 1 an et demi. Des jeunes en difficultés abandonnés à leurs problèmes. Des profs malmenés et exténués à qui on propose la bonne vieille formule du faire plus avec moins, et pas qu’un peu ! : Augmentation des heures de travail, augmentation des salles de classe, et réduction du salaire considérant l’effet combiné du gel salarial et de l’inflation. Du personnel hospitalier tout aussi épuisé et malmené, à qui on propose la même formule d’appauvrissement, et des heures supplémentaires obligatoires. Et ces messieurs et mesdames du Caucus libéral osent nous parler de rigueur budgétaire ! Une réelle rigueur budgétaire mettrait autant – sinon plus – d’effort à augmenter les revenus de l’État qu’à réduire ses dépenses, pour protéger, voire accroitre, la qualité et l’universalité des services publics.

Ces gens-là rient de nous. À tel point qu’on peut raisonnablement parler d’un mépris. C’est indigne de leur fonction. C’est aussi à mon sens profondément illégitime, considérant que c’est fait sous couvert d’un mandat majoritaire de pacotille, obtenu non pas par la voix du peuple, mais par la méthode archaïque de calcul des résultats de cette voix exprimée dans les urnes, qui pour 41% des voix obtenues, concède 56 % des sièges. Il en résulte des monarques élus, qui ont beau jeu de tout bousculer sur leur passage sans porter la moindre attention aux discours qui leurs déplaisent.
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Martin Dupuis

1-Pour ne citer qu’un exemple : http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201504/07/01-4858890-garderies-couillard-ne-regrette-pas-davoir-rompu-sa-promesse-electorale.php
2-http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/201510/02/01-4906090-reinvestir-dans-les-eleves-en-difficulte-serait-maladroit-dit-le-ministre-blais.php
3-http://www.ledevoir.com/politique/quebec/450716/compressions-budgetaires-couillard-reconnait-que-les-plus-vulnerables-sont-affectes
4-http://www.lactualite.com/blogues/le-blogue-sante-et-science/frais-accessoires-le-piege-cache-dans-la-solution-du-ministre-barrette/

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