juin 2016 21

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« Don’t stop buying » c’était le message que lançait la militante pour la défense des droits des travailleurs et travailleuses des Sweatshops, Kalpona Akter  lors d’une une conférence organisée par le Centre International de Solidarité Ouvrière (CISO) au moment de son passage à Montréal en avril dernier.

Travailleuse dans le secteur du textile au Bangladesh dès l’âge de 12 ans, Akter est congédiée à l’âge de 16 ans pour avoir tenté d’organiser les travailleurs et travailleuses de l’usine où elle était engagée sous la bannière du tout premier syndicat de l’usine en question. Dès lors étiquetée comme militante syndicale, il est impossible pour elle de retrouver du travail ailleurs, ce qui la pousse à s’engager davantage dans la lutte pour la reconnaissance des droits des travailleur.euses. C’est à ce moment qu’elle cofonde le Bangladesh Center for Worker Solidarity.

Le projet a pour but de consolider les voix des travailleurs, particulièrement des femmes qui en constituent la majorité dans le secteur, d’améliorer les conditions de travail et d’accroître le rôle des syndicats dans le secteur du vêtement. Le projet vise particulièrement à améliorer les conditions de travail des manufactures des secteurs du vêtement, veiller à la mise en place d’un nouveau salaire minimum comme indiqué dans la modification de la loi du travail et assurer des emplois viables en appuyant le rôle des syndicats (1).

Rana-PlazaLes conditions de travail au Bangladesh, sont classées dans les pires au monde. En 2013, le bâtiment principal du Rana Plaza, une usine de textile, s’est effondré, emportant avec lui la vie de 1 129 personnes. Des tragédies de ce genre, le pays en compte plein.

Les heures de travail sans pauses s’alignent à n’en plus finir, car les heures supplémentaires sont imposées sans consentement; les travailleur.euses sont couramment victimes d’abus verbaux, physiques et sexuels. De plus, les entraves aux droits humains sont monnaie courante dans les usines. Les travailleur.euses sont parfois enchainées aux machines auxquels ils/elles travaillent « pour éviter le vol », ce qui en cas d’urgence –incendie, effondrement, fuite de gaz, etc.- pose énormément de problème. De plus, les protections ne sont pas offertes lorsque les travailleur.euses ont à manipuler des produits dangereux, ce qui provoque énormément de maladies et d’invalidités au fil des années, et évidemment, il n’existe pas de protection sociales dans de tel cas.

« Ne cessez pas d’acheter », répète-t-elle à maintes reprises au moment de sa conférence, « la solution n’est pas tout simplement de boycotter ». En effet, boycotter les entreprises qui exploitent des travailleurs des pays du Sud risque de créer une plus grande pression sur ces derniers. Bien que cela puisse sembler contradictoire, boycotter les compagnies réduit la demande pour des produits de toute sorte, ce qui a pour résultat de réduire les besoins de production. Ainsi, plusieurs employé.e.s risquent la mise à pied, qui dans bien des cas peut mener à la rue. De plus, pour les travailleur.euse.s restant.e.s, cela augmente la pression liée à la plus grande performance exigée d’elles/eux. Autrement dit, refuser d’acheter certain produits pour « faire passer un message » peut favoriser la précarisation des travailleur.euses qui œuvrent à fabriquer les produits en question.

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Si vous choisissez tout de même de cesser d’acheter, ce qui est légitime aux yeux d’Akter, au moins faites en part à la compagnie en question, explique-t-elle. Expliquez vos motivations. Si votre geste est supporté par une prise de contact avec les grand cadres occidentaux de ces entreprises, votre boycott individuel aura plus de signification que le silence radio d’une action non-annoncé.

Faire 50 000 ventes de moins sans explications peut être due à une myriade de facteur extérieur au geste politique. Faire 50 000 ventes de moins et recevoir le même nombre de courriel expliquant les motivations de ne pas acheter est beaucoup plus significatif pour l’entreprise.

Le mode de production capitaliste étant ce qu’il est, il est essentiel pour les travailleur.euses de ces usines de s’organiser en de fortes unions pour non seulement s’opposer aux conditions de travail inhumaines mais également de mettre fin aux impunités des patrons et des entrepreneurs qui dans des cas de grandes tragédies comme celle du Rana Plaza peuvent s’en tirer sans trop de conséquences et poursuivre « le business » plus ou moins sans changer leurs méthodes. Or, ce travail ne peut être fait que par les travailleur.euses victimes de ces injustices aidé par des organismes tels que celui chapeauté par madame Akter.

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(1) Fond de justice sociale de l’AFPC, Bangladesh Center for Workers Solidarity, 26 janvier 2016, http://psac-sjf.org/bangladesh-centre-worker-solidarity